Sarek

Le parc national du Sarek au nord de la Suède est le décor sauvage, hostile mais somptueux du livre de Ulf Kvensler (496 pages lues d’une traite). Un défi pour nos 4 personnages : Anna et Henrik, en couple depuis dix ans, habitués à randonner avec Milena. Un trio amical depuis l’université. Sauf que cette année, Milena est accompagnée de son petit ami Jacob qui change l’itinéraire prévu, au grand dam d’Anna, méfiante et un peu parano. Et en effet rien ne se passe comme prévu. On le sait dès la première page : la rando annuelle se termine en cauchemar. C’est Anna, la narratrice des 3/4 du livre, qui raconte un huis clos glacial, adouci par les descriptions (jamais ennuyeuses) d’un paysage à couper le souffle, entrecoupé par les interrogatoires d’un inspecteur de police et par de brèves incursions dans le passé (destinées à éclairer le présent).

Ce qui est fort original dans ce thriller psychologique puissant et angoissant, à la construction habile et à l’écriture fluide, c’est d’abord l’empathie du lecteur avec chacun des héros : il vit ce qu’ils vivent, il voit ce qu’ils voient. ou comme eux il marche terrifié sur cette « crête qui en même temps qu’elle plonge, rétrécit pour se transformer en une lame tranchante comme un rasoir. » Les scènes très cinématographiques laissent peu de place pour respirer, le suspense est énorme. Anna nous plonge dans les angoisses, les solitudes, les manipulations de chacun, les traumatismes de l’enfance, la dépression, le suicide. Les différents points de vue sur cette semaine fatale sont tous vraisemblables. On ne sait qui croire, mais une chose est sûre : la vie d’après ne sera plus la même.

Le récit dense et haletant tourne autour du pouvoir qu’un individu peut exercer sur un autre, mais aussi sur celui de l’auteur sur le lecteur, à sa merci également, mais pour son plus grand plaisir !

(Lu dans le cadre du prix du meilleur polar Points, sélection 2025)

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